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Les villes chinoises misent désormais sur l'énergie verte

par Jan Jonckheere pour Chinasquare, le 11 avril 2026

Jusqu’à présent, le renouvellement urbain et la campagne de décarbonation suivaient des trajectoires distinctes. Désormais, l'enjeu est de fusionner ces deux mouvements pour que les villes rénovées affichent également un bilan carbone réduit. Comment cette transition s'opère-t-elle concrètement sur le terrain ?

 

Alors que le taux d'urbanisation de la Chine dépasse aujourd'hui les 67 %, les métropoles ne cherchent plus à s'étendre spatialement. Le nouveau défi consiste à optimiser l'existant sous le prisme de la réduction du CO2. Avec le lancement cette année du 15e Plan quinquennal (2026-2030), le moment est jugé crucial pour atteindre l'objectif d'un pic d'émissions avant 2030. Début mars, l'Assemblée nationale populaire (NPC) a adopté la Loi sur l'écologie et l'environnement, ancrant pour la première fois le développement bas carbone, la lutte contre le changement climatique et l'économie d'énergie dans un cadre législatif systématique.

 

Tongzhou : de l'industrie lourde au parc « zéro carbone »

Dans le district de Tongzhou, à Pékin, le changement est frappant. Là où l'usine chimique Oriental Chemical Plant a recraché des fumées pendant des décennies, une énergie nouvelle émerge des profondeurs. Ce district de 11,2 km², centre administratif de la capitale, a été transformé en un « parc carboneutre à l'échelle de la zone ».

Des puits géothermiques exploitent la chaleur terrestre tandis que des panneaux photovoltaïques (PV) recouvrent les toits. Ce réseau énergétique complexe alimente désormais entièrement les grands édifices en électricité verte, réduisant les émissions annuelles de dioxyde de carbone d'environ 11 000 tonnes.

vue de Tongzhou (Foto english.bjtzh.gov.cn )
vue de Tongzhou (Foto english.bjtzh.gov.cn )

 

Le bâtiment, nouveau producteur d'énergie

En Chine, le secteur du bâtiment génère environ 21,7 % des émissions de CO2. Pour y remédier, de nombreux projets de rénovation transforment les immeubles en « mini-producteurs » d'énergie grâce au solaire et à la géothermie. Ce concept, allié à une isolation renforcée et à des systèmes de gestion intelligents, permet de réaliser ce que les ingénieurs nomment une « économie d'énergie passive ».

L'exemple du Jinyu Xingfa Science Park, dans la banlieue de Huairou à Pékin, est éloquent : une ancienne chaufferie de cimenterie a été métamorphosée en bâtiment carboneutre. Grâce à la technologie PEDF (Photovoltaïque, Stockage d'énergie, Courant continu et Flexibilité), ce vestige industriel affiche désormais des émissions inférieures de plus de 10 % aux normes locales pékinoises.

Une maison d'hôtes bas carbone dans le village de Jingshan, à Hangzhou (photo Xinhua)
Une maison d'hôtes bas carbone dans le village de Jingshan, à Hangzhou (photo Xinhua)

 

Une logique économique et de sécurité

L'intégration des énergies renouvelables ne répond pas seulement à une urgence écologique, mais aussi à une logique de sécurité énergétique. Les systèmes décentralisés (micro-réseaux, stockage local, petites installations solaires) complètent les réseaux centralisés traditionnels. En cas de conditions météorologiques extrêmes, ces systèmes permettent de maintenir les infrastructures essentielles en fonction.

L'île de Meizhou, dans la province du Fujian, illustre ce succès. Avec 2 100 kilowatts de capacité photovoltaïque installés, l'île génère 2,73 millions de kWh par an. Aujourd'hui, 90 % des foyers utilisent des pompes à chaleur aérothermiques et les cuisines tout-électrique sont devenues la norme. En 2023, ces mesures ont réduit les émissions de CO2 de 25 000 tonnes, soit 60 % du total de l'île.

 

Les obstacles à surmonter

Malgré ces avancées, plusieurs freins subsistent :

Trois axes pour l'avenir

Pour franchir ces barrières, une approche coordonnée est préconisée pour la période du 15e Plan quinquennal :

  1. Politique : Renforcer la coordination interdépartementale et instaurer des seuils minimaux d'énergie renouvelable pour les bâtiments publics.
  2. Technologie : Développer des solutions sur mesure pour les zones résidentielles anciennes et les friches industrielles (brownfields).
  3. Finance : Mobiliser le capital privé via des obligations vertes et le nouveau Fonds national pour la transition vers une économie bas carbone introduit par le Premier ministre Li Qiang le 5 mars.

Enfin, l'accent est mis sur la participation citoyenne. En s'appuyant sur le nouveau système d'échange de quotas d'émission, des programmes pilotes de « comptes carbone individuels » pourraient transformer les réductions d'émissions des ménages en gains économiques tangibles. En Chine, la rénovation urbaine ne se limite plus aux façades : elle s'insère désormais dans le rythme énergétique quotidien de la cité.

Photo de Facebook
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Sources :

Beijing Review

URL de l'article en neerlandais:  https://www.chinasquare.be/vernieuwde-steden-ook-met-groene-stroom/