La batterie sodium-ion, véritable révolution et batterie démocratique du futur pour le marché automobile ?

par Emmanuel Duvivier, le 17 février 2026

Le constructeur chinois Changan Automobile s’apprête à commercialiser en milieu d’année la première voiture particulière équipée d’une batterie sodium-ion, surnommée "batterie au sel". Cette technologie pourrait bouleverser le marché des véhicules électriques en réduisant la dépendance aux matières premières rares comme le lithium. Avec une autonomie annoncée de 400 kilomètres et des coûts potentiellement réduits, cette innovation suscite autant d’enthousiasme que de prudence chez les experts.

 

 

Le géant chinois CATL développe les batteries de demain
Le géant chinois CATL développe les batteries de demain

Son nom pourrait entrer dans l’histoire automobile comme un repère de révolution technologique. La Nevo A06 de Changan sera le premier modèle de voiture particulière à être équipé d’une batterie sodium-ion, fournie par CATL, le géant chinois des batteries.

Cette technologie de batterie, jusqu’alors réservée au stockage d’énergie stationnaire, fait son entrée dans l’automobile avec des performances prometteuses : une batterie de 45 kWh offrant 400 kilomètres d’autonomie, extensible à 600 kilomètres sur de futurs modèles à plus grande capacité.

"Si ça fonctionne, ce sera véritablement historique, une avancée majeure", déclare à nos collègues de la VRT, Jochen De Smet, directeur d’EV Belgium. L’expert reste toutefois prudent : "Je veux d’abord voir les performances de la technologie et observer le comportement de la voiture".

Le modèle chinois pourrait arriver sur le marché européen dès cette année ou en 2027, bien qu’aucune date n’ait été annoncée pour la Belgique.

 

Fini la dépendance aux matériaux rares

Pour comprendre l’enjeu, Nathalie Job, spécialiste des batteries à l’Université de Liège, détaille les avantages concrets : "Si vous remplacez le lithium par le sodium, cela fait beaucoup moins de problèmes d’un point de vue approvisionnement". La chercheuse, qui travaille depuis cinq ans sur cette technologie, précise : "Le sodium, on le trouve dans le sel de cuisine".

Mais les bénéfices vont plus loin. "Vous n’avez plus besoin non plus de cuivre dans certains éléments de la batterie, notamment aux collecteurs de courant", explique-t-elle. Ce matériau pouvant être remplacé par l’aluminium, "beaucoup plus facile, moins critique que le cuivre".

Sans compter l’élimination du cobalt et du graphite : "Il ne faut plus non plus de cobalt parce que les électrodes positives sont faites dans un autre matériau. Il ne faut plus non plus de graphite".

Fini donc la domination économique et géopolitique de la Chine ou d’autres pays africains avec les terres rares : le sodium est présent presque partout sous diverses formes sur terre. Et les autres matériaux nécessaires à la fabrication de ces batteries sont moins rares.

 

Des performances qui rattrapent les batteries lithium-ion

Contrairement aux idées reçues, les performances des batteries sodium-ion s’améliorent rapidement. Nathalie Job observe : "On arrive tout doucement à rattraper les batteries lithium-ion. Il y a énormément de gens qui travaillent dessus, notamment les Chinois". La densité énergétique atteint déjà 175 wattheures par kilogramme, proche des batteries lithium-ion courantes.

L’experte de l’ULiège, spécialiste des carbones utilisés dans ces batteries, confirme le potentiel : "Il est très possible qu’avec la force de frappe de la Chine, ils aient réussi maintenant à faire une batterie complète qui fonctionne comme une batterie lithium-ion". Elle ajoute : "On voit tous les jours des nouveaux papiers qui sortent, on a même du mal à suivre".

Encore en Asie, selon le magazine français Autoplus, des chercheurs coréens ont mis au point une batterie sodium-ion à recharge ultrarapide de quelques secondes et à haute densité énergétique : "Les chercheurs de l’Université du KAIST ont développé une batterie sodium-ion offrant une charge ultrarapide en quelques secondes seulement, grâce à l’intégration de matériaux de supercondensateurs. Cette innovation surmonte les principaux défis des batteries sodium-ion en termes de temps de charge et de capacité énergétique. Avec une densité énergétique de 247 Wh/kg, cette batterie dépasse même les batteries lithium-ion actuelles".

Le géant mondial chinois des batteries, CATL, promet des batteries sodium-ion jusqu’à 1500 km d’autonomie et offrant une recharge express de 520 km en seulement cinq minutes, grâce à une technologie révolutionnaire.

Globalement, les batteries sodium-ion sont pour l’instant plus lourdes que les batteries lithium-ion pour une même capacité : "Une batterie au sodium-ion est plus lourde et plus volumineuse pour stocker une même quantité d’énergie car le lithium est un élément plus léger que le sodium", précise Pierre Beaujean, chercheur dans le domaine des batteries à l’Université de Namur.

 

Moins chères, les batteries sodium-ion sont en approche
Moins chères, les batteries sodium-ion sont en approche

Sécurité renforcée et résistance au froid

Un avantage crucial de ces batteries sodium-ion concerne la sécurité. Nathalie Job explique le mécanisme : "Ce qui prend feu dans une batterie lithium-ion, ce n’est pas tellement les composants, c’est l’électrolyte (une substance qui rend un liquide capable de transporter l’électricité, ndlr)". Les constructeurs chinois maîtrisent déjà cette problématique : "Ils ont déjà des batteries lithium-ion qui ne flambent pas. Chez BYD, ils vous font la démonstration : quand on perce une batterie, elle ne s’enflamme pas du tout ".

Les tests du constructeur montrent également une résistance exceptionnelle au froid jusqu’à -40 °C, un atout majeur pour les automobilistes belges confrontés aux hivers parfois rigoureux, contrairement aux batteries actuelles qui perdent en autonomie par temps froid.

 

Un impact économique et géostratégique majeur

L’arrivée de cette technologie pourrait réduire le coût des véhicules électriques. Selon les estimations d’experts, la production d’une batterie sodium-ion pourrait coûter moitié moins cher.

L’enjeu dépasse donc la simple performance technique. "C’est vraiment le but de la batterie sodium-ion", résume Nathalie Job : "Ce n’est pas de dépasser les performances des batteries lithium-ion, mais c’est de remplacer des matériaux qui posent problème en termes d’approvisionnement. L’enjeu, c’est de remplacer des matériaux qui posent problème en termes d’approvisionnement."

Concrètement, pour un automobiliste, cela pourrait se traduire par une économie de 5000 euros sur une voiture électrique de 40.000 euros, la production d’une batterie sodium-ion coûtant potentiellement moitié moins cher. "Si on a moins de matériaux rares, effectivement ce sera le cas", confirme la chercheuse liégeoise.

Cette perspective économique s’accompagne d’un enjeu géostratégique majeur : réduire la dépendance à la Chine pour l’approvisionnement en lithium. "Si cela s’avère efficace, alors la difficile histoire des matières premières rares sera terminée", espère Jochen De Smet, directeur d’EV Belgium, la fédération pour la mobilité électrique zéro émission.

 

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