Le nouveau réseau quantique satellitaire chinois revendique une communication inviolable
par Guillaume Aigron pour Média24, le 14 mars 2025
La Chine revendique un exploit que ni l’Europe ni les Etats-Unis n’ont encore réalisé : le premier réseau quantique satellitaire impossible à pirater de l’Histoire.

La Chine a récemment déployé une liaison de communication quantique ultra-sécurisée entre Pékin et l’Afrique du Sud, couvrant une distance de 12 800 km. Cette percée technologique s’appuie sur un satellite quantique et vise à établir un réseau de communication impossible à pirater.
L’objectif du gouvernement chinois est de rendre opérationnel un réseau quantique mondial d’ici 2027, offrant un niveau de sécurité sans précédent pour les communications stratégiques, notamment dans les domaines de la défense et de la finance.
La Chine revendique une nouvelle technologie quantique de communication à l’épreuve du piratage
Le projet repose sur la distribution de clés quantiques (QKD, Quantum Key Distribution), une méthode cryptographique qui exploite les principes de la mécanique quantique pour garantir l’intégrité des transmissions.
Lors de la réunion annuelle de l’Assemblée nationale populaire en Chine, Yin Juan, professeur de physique expérimentale et spécialiste du projet, a confirmé que les tests avaient été réussis à l’aide de satellites quantiques chinois.
La Chine avait déjà réalisé un exploit similaire en 2017 en établissant une liaison sécurisée entre la Chine et l’Autriche sur 7 600 km. Cette fois, il s’agit du premier test de ce type réalisé dans l’hémisphère sud.
Une avancée dans la course aux communications quantiques
L’expérience récente a démontré la capacité du système à assurer des transmissions en temps réel entre des satellites micro-nano et des stations terrestres mobiles. Les détails de cette démonstration seront publiés dans la revue Nature à la mi-mars.
Le réseau de communication quantique utilise des propriétés uniques des particules subatomiques, ce qui permet :
- Un échange de clés cryptographiques totalement sécurisé.
- L’impossibilité d’intercepter une transmission sans la perturber, selon le principe d’indétermination d’Heisenberg.
Cependant, les chercheurs d’autres instituts, notamment ceux de la Technical University of Munich (TUM), travaillent sur de nouvelles méthodes de cryptage pour contrer d’éventuelles vulnérabilités des systèmes quantiques.
Un réseau quantique mondial d’ici 2027
La Chine envisage d’étendre ce projet pour créer un réseau de communication quantique au sein du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). En parallèle, le pays a déjà établi des liaisons quantiques terrestres entre la Chine et la Russie.
Malgré un climat géopolitique tendu, Yin Juan a appelé à une coopération internationale pour le développement de cette technologie, insistant sur ses implications majeures pour la cybersécurité mondiale.
La Chine confirme son plein “boom” spatial
L’Empire du Milieu a considérablement accéléré son programme spatial militaire ces dernières années :
- En 2024, la Chine exploitait environ 1 000 satellites, dont 360 dédiés au renseignement, à la surveillance et à la reconnaissance.
- Sur plus de 700 satellites chinois en orbite, 245 sont utilisés à des fins militaires.
- Le 23 février 2024, la Chine a lancé le satellite classifié TJS-11, probablement destiné à des expériences de communication militaire.
- Ces satellites remplacent une première génération déployée par les forces militaires chinoises depuis le début des années 2000.
- La Chine prévoit de lancer environ 100 missions spatiales en 2025, dont certaines pourraient inclure des satellites militaires.
Les projets similaires de réseaux satellitaires quantiques dans le monde
EuroQCI (Union Européenne) : L’initiative européenne vise à créer une infrastructure de communication quantique sécurisée couvrant l’ensemble de l’UE, intégrant des satellites et des réseaux terrestres. Elle renforcera la cybersécurité des institutions européennes et s’appuiera sur le programme IRIS2 pour les communications spatiales.
TeQuantS (Thales Alenia Space) : Ce projet européen, soutenu par l’ESA, développe un Internet quantique via satellite. Il prévoit la création de satellites et de stations sol optiques d’ici 2026 pour des communications longue distance basées sur la cryptographie quantique.
HyperSpace (Canada-Europe) : Ce projet collaboratif explore les communications quantiques transatlantiques en utilisant des photons intriqués. Il vise à établir une liaison entre le Canada et l’Europe pour des communications ultra-sécurisées.
QKD-GEO (Thales et Hispasat) : Ce projet européen prévoit d’ici 2029 un système distribuant des clés de chiffrement basées sur des photons polarisés à partir de satellites géostationnaires.
Loin de simplement regarder la Chine devenir seule leader dans le domaine des réseaux satellitaires quantiques, l’Europe et le Canada font au contraire preuve d’une forte ambition pour développer leurs propres réseaux, avec un accent sur la souveraineté technologique et la cybersécurité.
Source : South China Morning Post