La reforestation du désert du Taklamakan : un succès écologique et scientifique
par Peter Peverelli pour Chinasquare, le 20 avril 2026
Une expérimentation menée depuis quatre décennies dans le désert du Taklamakan, dans l'ouest de la Chine, démontre qu'il est possible de freiner l'avancée des zones désertiques par la végétalisation, tout en capturant l'excédent de dioxyde de carbone atmosphérique. Un aspect notable de ce projet est la collaboration active d'une université américaine.

Le vaste projet de reforestation en bordure du désert du Taklamakan, dans la région autonome chinoise du Xinjiang, a créé un puits de carbone visible et mesurable, et ce, malgré des conditions d'aridité extrême. C’est ce que révèle une étude dirigée par des scientifiques de l'Université de Californie à Riverside (UCR). Ce projet s’impose comme un modèle de boisement réussi — un effort consistant à planter des arbres ou des arbustes sur des terres auparavant nues. Pour la seule année 2026, la préfecture de Hotan, située en lisière du désert, prévoit de verdir environ 150 000 hectares de terres désertiques, incluant la plantation de 18 000 hectares de forêts.
La méthodologie de mesure
Le physicien de l'atmosphère King-Fai Li (UCR), co-auteur de l'étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), a analysé plusieurs années de données satellitaires. Ces observations portent sur les zones où le gouvernement chinois a commencé, dès 1978, à planter des arbres et arbustes résistants au froid afin de stopper l'expansion du désert.
Indicateurs de succès
Pour cette étude, les chercheurs ont suivi deux indicateurs clés : une baisse du dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère et une augmentation de la fluorescence induite par le soleil (un rayonnement émis lors de la photosynthèse). Cette fluorescence témoigne de la vitalité de la vie végétale dans le Taklamakan.
« Ce n'est pas comparable à une forêt tropicale d'Amazonie ou du Congo », précise King-Fai Li. « Certaines zones reboisées ne sont que des broussailles, semblables au chaparral du sud de la Californie. Mais le fait qu’elles réduisent les niveaux de CO2 de manière rapide et constante est un résultat positif que nous pouvons mesurer et vérifier depuis l’espace. »
Une équipe internationale
Outre King-Fai Li, l'équipe de recherche comprenait notamment le spécialiste de l'atmosphère Xun Jiang (Université de Houston), l'expert en systèmes terrestres Le Yu (Université Tsinghua à Pékin) et le planétologue Yuk L. Yung (Caltech).
L'équipe s'est appuyée sur les données de l'instrument OCO (Orbiting Carbon Observatory) de la NASA et du satellite MODIS. Ensemble, ils ont suivi la concentration de CO2 et l'évolution de la verdure sur le Taklamakan. Le satellite OCO a révélé une zone « froide » où le taux de dioxyde de carbone est inférieur de 1 à 2 parties par million (ppm) par rapport aux alentours.
Stabilité politique et continuité
Selon M. Li, ces travaux offrent l'opportunité rare d'étudier un cas de reforestation à long terme en pleine action. Contrairement à d'autres initiatives similaires, comme celles lancées par les Nations Unies dans le Sahara, le projet chinois perdure. La stabilité politique du pays a permis une continuité ininterrompue sur plusieurs décennies.
Un double objectif : écologique et social
Les motivations de la Chine sont à la fois environnementales et politiques. La progression incontrôlée du désert menaçait les terres agricoles et alimentait l'instabilité dans les régions occidentales, où les minorités ethniques se plaignaient de leur retard économique. Inverser la désertification a donc été perçu non seulement comme une stratégie écologique, mais aussi comme un levier pour améliorer les perspectives de l'agriculture locale.
Des résultats modestes mais essentiels
L'étude suggère que le boisement peut réduire le carbone atmosphérique, bien qu’à une échelle modeste. Si l'intégralité du Taklamakan — une zone vaste comme l'Allemagne — était reboisée, cela ne compenserait qu'environ 10 % des émissions annuelles de CO2 d'un pays comme le Canada (soit environ 60 millions de tonnes). À titre de comparaison, les émissions mondiales s'élèvent à environ 40 milliards de tonnes par an.
Cependant, l'effort n'est pas vain. « Nous ne résoudrons pas la crise climatique uniquement en plantant des arbres dans les déserts. Mais il est essentiel de comprendre où, dans quelles conditions et quelle quantité de CO2 peut être réduite », souligne Li. « C'est une pièce du puzzle global. »
Le défi de l'eau
L'eau demeure l'obstacle majeur à l'extension du boisement. Les arbustes plantés à Hotan ne survivent que grâce aux eaux de fonte s'écoulant des hauts plateaux environnants. Étendre le projet plus profondément dans le désert nécessiterait une source d'eau fiable, une ressource de plus en plus rare à l'échelle planétaire.
Conclusion
Dans un contexte de tensions politiques sino-américaines, il est encourageant de constater que la coopération académique entre les deux puissances se poursuit. Un constat émanant de la partie américaine est particulièrement révélateur : la Chine est un terrain d'étude privilégié pour ces projets, non seulement pour les ressources mobilisées, mais surtout pour la constance de sa politique. Alors que les systèmes politiques occidentaux sont souvent soumis à des changements de cap, la Chine maintient ses politiques efficaces sur le long terme. Un hommage inattendu rendu à la persévérance chinoise.
Sources :
UCR News, 26-01-2026 ; CGTN, 06-04-2026 ; PNAS, 20-01-2026.
URL de l'article en neerlandais: https://www.chinasquare.be/de-vergroening-van-de-taklamakan-woestijn/























